Pour comprendre pourquoi Jonas Vitaud est de nouveau directeur artistique du Festival international de musique de Syros, commencez par cette série France Musique : « Jonas Vitaud, le monde au bout des doigts ». En cinq épisodes, Judith Chaine ne livre pas un clip promotionnel, mais un vrai journal d’écoute — formation, répertoire, maîtres et éthique de l’interprétation.
Le parcours est raconté sans vernis : l’enfant timide qui trouve un refuge au piano ; des années décisives avec des pédagogues atypiques ; l’orgue dans la filiation Tournemire–Messiaen ; puis le CNSM et Brigitte Engerer, dont l’héritage russe et la vision poétique marquent encore son jeu. Il la décrit avec nuance — « rarement satisfaite d’elle-même », mais « fascinante » au clavier.
La série prend son ampleur avec la musique de chambre : le trio, le duo, la nécessité du dialogue pour dépasser la fragilité du solo. Il qualifie ce répertoire de « tridimensionnel » — des plans sonores et thématiques qu’un récital ne déploie pas de la même manière.
Le contemporain n’est pas un appendice. Dutilleux, Kurtág : le compositeur hongrois y apparaît comme le musicien le plus exigeant qu’il ait côtoyé, passionné de « l’infiniment petit », exigeant une pleine conscience de chaque note — une économie de moyens qui ramène, dit-il, « à l’essence même de la musique ».
Sur l’interprétation, sa formule reste en mémoire : après un travail rigoureux, « se laisser aller et s’abandonner à l’instant présent », car « le travail a été fait, il faut se faire confiance ». Le son est « un geste, une pensée » ; chaque répertoire appelle un langage corporel différent.
Pour le public du festival, ce podcast est le compagnon idéal avant de l’entendre à Syros : la même clarté, le même goût du partage, le même refus de séparer technique et musicalité — « ce n’est qu’un moyen pour accéder à une fin ».
















