Le grand entretien de Frédérick Casadesus dans Libre Journal est l’un des portraits les plus humains publiés autour du disque Couperin (1001 Notes). Il s’ouvre quarante ans après Tchernobyl et lie aussitôt la biographie de la pianiste aux migrations humaines et environnementales.
Née près de l’Oural, à Kyiv quand la centrale explose, elle repart grâce à une chaîne presque improbable : un bassoniste voit l’affiche Soyouz-Tchernobyl, convainc sa femme chef de chœur, et la fillette de huit ans monte dans un bus pour la France. « Nous parlions toujours de la France, mais y vivre était impensable. » Elle crut avoir été abandonnée ; la famille de Chalon-sur-Saône lui donna un autre récit.
Casadesus ne romantise pas la formation ukrainienne : « pas complètement saine », fondée sur la compétition féroce. Elle s’adapta — « sur scène j’étais heureuse, même quand ma professeure faisait mine d’être déçue » — mais une tournée aux États-Unis à quinze ans, partitions sur les genoux dans un bus, lui apprit autre chose : donner « une part essentielle de moi » à l’œuvre.
Couperin devient métaphore : « Le rossignol en amour », « Les canaris », des oiseaux qui ne peuvent plus nicher en Ukraine en guerre — sans réduire la musique au pamphlet. Faut-il se taire ? « Ne pas prendre part au débat public engendre des manipulations. Mieux vaut dire ce que l’on pense. » Mais d’abord, défendre l’interprétation de Couperin.
Dernière formule : « un drôle d’oiseau qui ne manque pas de cran. » Avant Syros, c’est la biographie derrière les clips — pourquoi écologie, exil et ornement baroque vont ensemble.

















