Le compte rendu de Bertrand Boissard dans Diapason n’est pas une simple note d’anniversaire. On y lit une chronique de la musique de chambre : depuis trente ans, le Festival de Pâques de Deauville, fondé par Yves Petit de Voize, fait rayonner la « fine fleur » des instrumentistes — souvent avant que le grand public ne les connaisse. Capuçon, Chamayou, Laloum, le Quatuor Ébène, Nicholas Angelich : une généalogie de la scène française.
La 30e édition enchaînait musique française et tchèque sur deux soirées. Nous retenons la seconde, « Mitteleuropa » : Janáček, Martinů, Dvořák — avec Jonas Vitaud au centre.
Il ouvre par la Sonate « 1.X.1905 » de Janáček, écrite après la répression d’une manifestation à Brno. Quelques imprécisions au Con moto initial, vite effacées à la reprise ; demeurent « densité et puissance rentrée », et dans le second volet une lecture qui « ne craint pas de contempler les abîmes », avec des « nuances si ténues et pourtant si vibrantes ».
Puis le sommet : le Quintette avec piano n° 2 de Martinů — « insaisissable et inventif, ardent et ludique », avec un passage qui « semble annoncer le minimalisme américain ». Bouchez, Moreau, Vioque-Judde, Sypniewski et Vitaud « triomphent » dans une partition qui « aurait pu être écrite hier ».
La soirée se referme sur la Sérénade de Dvořák — onze musiciens « libérés de toute entrave » — et l’on quitte la salle le sourire aux lèvres après une ouverture dans la « noirceur sans retour ». « Vivement la 31e édition ! »
Pour Syros, cette critique confirme ce que le festival affiche chaque année : Vitaud n’est pas seulement un directeur artistique, c’est un chambriste de calibre international — précis, coloré, pleinement présent dans le dialogue du quintette.

















